Tchap gp pour la messagerie pro : mode d’emploi complet

29 août 2026

Femme professionnelle utilisant l'application de messagerie Tchap sur son smartphone dans un bureau moderne

Un agent public crée un groupe WhatsApp pour coordonner une cellule de crise, et trois jours plus tard, la DSI demande de tout migrer sur Tchap. Ce scénario se répète dans la plupart des ministères depuis la circulaire du Premier ministre signée en juillet 2025, qui fait de Tchap la messagerie obligatoire pour les agents de l’État. Avec plus de 600 000 agents concernés et un objectif de déploiement massif, mieux vaut savoir comment l’outil fonctionne concrètement.

Tchap et le protocole Matrix : ce que ça change au quotidien

Tchap repose sur le protocole Matrix, un standard de messagerie décentralisé et chiffré de bout en bout. En pratique, cela signifie que les messages ne transitent pas par des serveurs américains. Pour un agent qui échange des notes de service ou des documents sensibles, c’est la différence fondamentale avec Teams ou WhatsApp.

Le chiffrement de bout en bout est activé par défaut sur les conversations directes. Sur les salons, on peut le désactiver volontairement pour faciliter l’accès aux historiques, mais la recommandation officielle reste de le conserver actif dès que le sujet est sensible.

Un point qui surprend souvent : Tchap ne propose pas de visioconférence intégrée. Pour les appels vidéo, l’écosystème renvoie vers Webconf ou Visio, les autres briques de la suite numérique de l’État baptisée LaSuite. On ne retrouve donc pas le modèle tout-en-un de Teams. C’est un choix assumé de modularité.

Créer son compte Tchap avec une adresse professionnelle

L’inscription sur Tchap passe exclusivement par une adresse email professionnelle rattachée à un domaine de l’administration. Pas de Gmail, pas d’adresse personnelle. C’est le domaine de l’email qui détermine automatiquement l’organisme de rattachement.

  • Ouvrir l’application mobile (iOS ou Android) ou accéder à tchap.gouv.fr depuis un navigateur sur ordinateur.
  • Cliquer sur « Créer un compte », renseigner l’adresse professionnelle et choisir un mot de passe.
  • Valider le lien de confirmation reçu par email, puis se connecter.
  • Activer immédiatement la sauvegarde automatique des messages dans les paramètres de sécurité, et conserver le code de vérification dans un gestionnaire de mots de passe.

Cette dernière étape est régulièrement négligée. Sans ce code, un changement de poste ou de téléphone entraîne la perte de l’historique chiffré. On a vu des équipes perdre plusieurs mois d’échanges pour cette raison.

Fonctionnaire utilisant une messagerie sécurisée de groupe sur tablette dans une salle de réunion institutionnelle

Salons Tchap : forum, privé et conversation directe

Tchap propose trois types de conversations, et les confondre crée de vrais problèmes d’organisation.

Conversations directes

C’est l’équivalent du message privé. Chiffrement de bout en bout activé, deux interlocuteurs. Pour retrouver un contact, on tape son nom ou son adresse email dans la barre de recherche. Tchap affiche uniquement les agents inscrits.

Salons privés

Accessibles sur invitation uniquement. C’est le format adapté aux groupes de projet, aux cellules de crise ou aux équipes restreintes. Un salon privé n’apparaît pas dans l’annuaire de Tchap, ce qui évite les intrusions accidentelles.

Salons forum

Visibles par tous les utilisateurs de Tchap, ils fonctionnent comme des canaux thématiques ouverts. Utiles pour la veille transversale ou les communautés de pratique inter-administrations. N’importe quel agent peut rejoindre un salon forum sans invitation.

La gestion des rôles dans un salon repose sur un système d’administrateur et de modérateur. L’administrateur contrôle les paramètres du salon (nom, niveau de chiffrement, droits d’accès). Le modérateur peut exclure des participants ou supprimer des messages. Sur un salon de crise, désigner un administrateur et un modérateur dès la création du salon évite les flottements quand l’urgence monte.

Remplacer WhatsApp par Tchap dans les groupes de crise

Depuis la circulaire de juillet 2025, les groupes WhatsApp utilisés pour la gestion de crises ministérielles sont explicitement prohibés. La bascule ne se fait pas sans friction.

Le premier obstacle est l’habitude. WhatsApp offre des notifications fiables, une interface familière et une adoption quasi universelle. Tchap, de son côté, souffre encore de notifications parfois capricieuses sur certains terminaux Android. Les retours varient sur ce point selon les modèles de téléphone et les surcouches constructeur.

Le second obstacle concerne les prestataires externes. Tchap est réservé aux agents disposant d’une adresse email d’un domaine éligible. Un consultant externe ou un élu local ne peut pas être ajouté directement. Il faut alors jongler entre Tchap pour les échanges internes et un autre canal pour les interlocuteurs hors administration.

Malgré ces limites, le gain en sécurité est concret. Un groupe WhatsApp de crise laisse des métadonnées sur les serveurs de Meta. Tchap héberge l’intégralité des données sur des serveurs opérés par l’État français, ce qui supprime le risque d’exposition à un prestataire étranger.

Deux collègues consultant ensemble une messagerie professionnelle sécurisée sur ordinateur portable dans un espace coworking

Tchap et LaSuite : l’écosystème numérique de l’État

Tchap n’est qu’une brique parmi d’autres dans la stratégie portée par la DINUM. L’ensemble, baptisé LaSuite, vise à réduire la dépendance aux solutions américaines (Microsoft 365, Google Workspace, Slack).

En complément de Tchap pour la messagerie instantanée, LaSuite intègre des outils de visioconférence, de partage de documents et de gestion collaborative. L’objectif affiché est de couvrir les usages quotidiens sans recourir à des plateformes dont les données transitent hors de France.

Pour les équipes déjà habituées à un environnement Microsoft, la transition demande un temps d’adaptation. Tchap ne remplace pas Outlook ni le calendrier partagé. C’est un outil de messagerie instantanée, pas une suite bureautique. Bien délimiter son périmètre évite les frustrations.

Bonnes pratiques pour un usage fluide de Tchap

  • Nommer les salons avec une convention claire (direction, projet, année) pour les retrouver dans une liste qui grossit vite.
  • Épingler les messages contenant les documents de référence en haut du salon, plutôt que de les renvoyer à chaque nouvelle demande.
  • Vérifier l’identité des contacts via le mécanisme de clés de chiffrement lors d’un premier échange sensible, pour confirmer que l’interlocuteur est bien celui qu’il prétend être.
  • Purger régulièrement les salons devenus inactifs pour alléger la navigation.

Tchap remplit un rôle précis dans l’outillage numérique des agents publics : sécuriser les échanges instantanés sur une infrastructure souveraine. Le périmètre reste volontairement restreint, et c’est cette spécialisation qui fait sa force face aux couteaux suisses généralistes. Reste à chaque équipe de structurer ses salons et ses habitudes pour que l’outil tienne ses promesses au quotidien.

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